Il y a de ces artistes dont je ne peux vraiment pas être objectif au vu de leur immense talent. Si en plus de ça, le talent vient de l'Est, alors là, je peux vous dire que je suis dans l'incapacité de vous donner une critique raisonnable.
Que dire de ce bout de femme ? J'étais en quête de découverte à travers les blogs. J'en visite à peu près 1000 par mois et je pense comme une araignée, je remonte ma toile de lien en lien pour tomber sur son blog.
Sa poésie dessinée, son talent ont fait que j'ai voulu en savoir plus sur cette personne. J'ai pris mon courage à deux mains et hop ! Un mail d'envoyé ! J'ai reçu un mail de sa part pour me dire qu'elle était d'accord pour une interview mais elle est roumaine !
Arrrrrrrrrrrrgh !!! Comment faire ? Finalement, elle suit un programme d'étudiant et j'étais à deux doigts de pouvoir aller la rejoindre en Belgique. Alors qu'elle profite d'un peu de répit, la jeune Ileana me contacte pour me dire qu'elle sera à Paris et que si je suis d'accord, on pourra faire cette interview.
Ni une ni deux, je hurle comme un fou à travers toute la pièce et reprenant mon calme, je fixe un rendez devant le théâtre de Chatelet, un dimanche après-midi. Et par un dimanche après-midi ni trop chaud ni trop froid, accompagnée de sa soeur dans exactement le même manteau l'une et l'autre, nous nous sommes posés dans un bar pas loin de la fameuse place des Innoncents.
La torture commence ici :
Bonjour, qui est Ileana ?
Ileana : Je suis une artiste Roumaine étudiante à L'Universite d'Art et du Design, a Cluj-Napoca, section Ceramique-Verre. J'aime faire de la céramique, de la BD, de l'illustration. Ce que j'aime vraiment, c'est raconter des histoires. Qu'importe le support, argile ou crayon, le plus important c'est de raconter des histoires.
Quelle est ta source d'inspiration ?
I: Depuis toute petite, je lis des contes du monde entier. J'ai appris en lisant ces contes à faire ce que j'aime, raconter des histoires.
Tu as des artistes de tous arts qui t'ont donnés de l'inspiration ?
Tout dépens, quand on parle de BD, c'est Franquin, Sfar aussi, quand j'ai vu pour la première fois le Chat du Rabbin, c'était une révélation. Sempé, Peyo... Frederick Clement pour ses illustrations magnifiques !
J'aime beaucoup la BD, elle apporte de la magie et du rêve. Ni trop triste, ni trop joyeux, mélancolique en fait. Une sorte de fusion d'émotions. Tu ne sais pas quoi faire en fait. Quand l'âme hésite alors cela veut dire que la BD a réussi à m'emporter ailleurs et quand je dessine, je veux offrir la même chose à mes lecteurs. Mais c'est très difficile d'arriver à ce niveau. Mais aussi Picasso, quand je parle de Picasso, je parle de Picasso céramiste, Kadansky. L'art primitif...
De Pollock ?
I : Non ! non ! Plutôt de l'art primitif comme celui pré-colombienne, l'art éthnique plutôt. Un art qui a servi à raconter des histoire, comme à l'époque grec, sur des objet où l'on racontait l'histoire des Dieux.
Ce que tu préfères le plus ? La céramique ? Le dessin ?
I : Hum... Je ne peux pas dire que j'aime plus l'un que l'autre. En fait, chacun à un aspect que l'autre n'a pas. La céramique c'est tridimensionnel et le dessin c'est bidimensionnel. Chacun peut raconter quelque chose que l'autre ne pourra pas faire. Même si parfois j'aime utiliser certaines méthode de mes dessins sur mes céramiques, cependant, la céramique parle d'elle-même.
Petit pause de thé durant laquelle Ileana se décontracte. J'ai oublié de préciser qu'Ileana parle le français avec un accent fort remarquable dont sa soeur présente durant l'interview ne cessait de lui faire remarquer certains de ces petits défaut sur la langue française.
La soeur d'Ileana dessine aussi et très bien comme en témoigne le dessin ci-dessous :
Quels est ton lien entre toi et ton Pays ?
I: Le fait d'être né en Roumanie m'a énormément influencée. Parce que nos contes de fées sont vraiment particuliers. Mélange de christianisme et de contes populaires Roumains, pleins de rituels magiques, de formules pour contrer le mauvais sort. A chacune de mes oeuvres, je leur transmets tout ce qui m'a influencé, une certaine forme d'héritage.
L'URSS dont sa mentalité à souvent briser l'élan artistique de beaucoup d'artistes à travers l'Europe de l'Est, comment à tes yeux, tu as vu la libération artistique ?
I : Je suis né durant une sorte de période de transition. J'ai pu observée beaucoup l'influence communiste dans les oeuvres plastiques, la peinture, la sculpture Roumaine. Le cinéma aussi a souvent pointé du doigt le communisne et ses travers. Les artistes étaient frustrés, comme une blessure qui ne se referme pas, c'est très étrange. Je pense qu'il faut pouvoir se détacher de cet époque, sans l'oublier bien entendu. Essayer de construire quelque chose de nouveau, on ne peut pas vivre continuellement en victime du communisme. Un passé lourd mais je sais me montrer optimiste.
Le voyage une option obligatoire ?
I : Je pense qu'essayer des choses nouvelles peuvent m'apporter énormément. Je suis en Belgique pour la BD parce qu'en Roumanie, la culture de la BD n'existe pas.
Il n'existe pas de BD Roumaine ?
I : Très peu. Il y a des étudiants qui font de la BD mais elle est souvent vendue à l'étranger et très peu sont sur le marché Roumain. Dans les librairies tu en trouves pas. Tu peux avoir de grands classiques Roumain, étrangers, des livres pour enfants, des illustrations pour enfants. Il commence à avoir de la bd classique, Asterix, Lucky Luke mais surtout du Comics Book.
Qui t'a fait connaître la culture de la BD alors ?
I : Le centre culturel Français. Je voulais apprendre le français, les schtroumpfs m'ont bien aidé parce qu'ils schtroumpfs de partout ! J'ai lu aussi les classiques de la BD, Asterix, lucky lucke mais en français ! J'ai ainsi pu découvrir Franquin avec Gaston Lagaffe. J'ai trouvé ça géniale ! Plus tard, j'ai découvert idées noires. Un chef d'oeuvre !
Tu dessines comment ?
I : Depuis toute petite, dès que j'aimais un artiste, je le recopiais. Comme Picasso, comme Dali (rire) J'étais toute petite, donc ca ne ressemblait pas vraiment (rire) ! J'ai aimé la BD, je me suis dit moi aussi je peux le faire ! Je pensais au début que la BD était un univers stricte avec des règles à respecter. J'ai découvert le Chat du Rabin et j'ai vu qu'il respectait rien. J'ai donc vu que la BD était ouverte à tout. Ce qui m'a rassurée. Le dessin n'a pas de barrière culturel, tu n'as pas besoin d'avoir à apprendre une langue pour lire un dessin. Tout le monde peut comprendre un dessin et réagir à celui-ci. Souvent quand je parle avec quelqu'un ou si je veux faire connaissance avec une nouvelle personne, je dessine, c'est plus pratique, cela permet de franchir une barrière. J'aime aussi montrer mes émotions. Mes dessins, je pense, sont capable de montrer mes émotions.
Tu as un style particulier ?
I : Pour le dessin, j'aime caricaturiser. Je n'aime pas dessiner trop réaliste, tu dois bien connaître l'anatomie, mais je suis pas un as pour ça. Pour la céramique, j'évolue constamment. J'ai commencé par la caricature, celle figurative aussi. Aujourd'hui, je préfère l'art abstrait.
Maman est professeur de physique, Papa est physicien à la recherche de l'institut de physique Roumain, ils ont réagis comment quand tu as dit que tu voulais être artiste ?
I: (Rires) C'est à cause d'eux que je fais ce que je fais. Quand j'étais petite avec ma soeur, nous dessinions tout le temps. Ils nous ont beaucoup encouragés à dessiner. Mais c'était du dessin comme tous les enfants font. Rien de vraiment important. Et puis à force d'être encouragée par nos parents, ont à continuer à faire du dessins. C'est grâce à eux que je continue. Mon père, quand il était étudiant, était peintre. Je crois que cela influence pas mal.
(Elle a du mal à prononcer peintre, le son est vraiment nasal, elle roulait le "r" à ce moment là, sa soeur et moi avons du rire au moins cinq minutes à cause de la manière dont elle l'avait si joliment prononcé !)
Après les études, tu as une idée ?
I: (Rire gênée) La céramique, c'est vraiment dur dans le sens ou tu dois avoir un atelier complet pour pouvoir en faire, alors je pense faire de l'illustration. De plus la céramique n'est pas bien mise en avant. C'est plus la peinture, l'illustration, la sculpture. Quand tu parles avec les gens et que tu leur dit que tu es céramiste, ils te regardent et réagissent bizaremment. Ils pensent que c'est de la poterie ! Non c'est pas ça ! Encore moins faire des objets de salle de bain !
Pour toi, c'est quoi être céramiste alors ?
I: Un art au carrefour de tous les arts. Pas la céramique utilitaire, celle abstraite. Mélange de sculpture, de peinture, d'effets picturels. Il y a un côté histoire aussi parce que l'on peut et l'on a fait souvent associer la céramique avec l'art de raconter la mythologie. J'essaie moi aussi de pouvoir associer une mythologie personnelle avec la céramique.
Tu penses quoi de Paris ?
I: Hum... Je sais pas... J'aime bien. Mais c'est très subjective ce que je raconte. Quand je suis heureuse, qu'importe le lieu, je me sens bien. Mais en tant que touristes, je suis souvent agacé par le côté commercial des lieux. Une part de kistch que l'on vend aux touristes qui m'énerve un peu. Mais tu peux tout aussi bien le retrouver dans mon pays avec le fameux chateau de Dracula.
Tu aimerais visiter quel autres pays ?
I: Venise à cause de Frédirique Clément et de son album à l'ambiance si particulière. Mon pays aussi. Parce que j'ai pas beaucoup voyagé dans mon pays. Ce qui est mal. Il est magnifique. En transilvanie, par exemple...
À côté de Vlad l'Empaleur ?
I: (Rires) NON ! Il vivait dans le Sud de mon pays. Il a été emprisonné deux jours en Transylvanie. Plus sérieusement, j'aimerais visiter la nature que les villes de mon pays. Les montagnes sont sublimes. Sans oublier les monastères de Modavie.
Pas d'envie d'aller faire un tour au USA ? En Chine ? En Russie ?
I: J'ai une relation particulière avec la Russie. Quand j'étais petite, j'ai lu beauxoup de contes de fée avec Ivan Tsaverich, le Tsar... J'ai adoré ces contes qui m'emmenait dans un pays si féerique. Et puis ensuite, j'ai appris l'Histoire de ce pays et cela m'a refroidit un peu trop. C'est dur l'Histoire... Mais j'aime beaucoup ce pays.
Imagine que je suis un touriste qui ne connait rien à la Roumanie, tu me dirais quoi pour venir ?
I: Je vais miser sur les paysages magnifiques, les monastères classés...
La culture Roumaine est pauvre pour que tu ne puisses pas m'allécher avec ?
I: La culture Roumaine n'est pas très connu et ce qui est surtout très connu, c'est le floklore. C'est ce qui plait aux touristes.
Le gouvernement Roumain est dans quelle posture vis-à-vis de tout cela ?
I: Il ne faut pas faire confiance à notre gouvernement. Il y a encore une mentalité très communiste. Si on doit faire un changement, cela viendra de ceux et de celles qui ont envies de montrer aux touristes qu'il existe autre chose.
En tant qu'artiste, en Roumanie, tu es libre de faire ce que tu veux ?
I: Oui tu es libre, tu peux choquer et beaucoup d'artiste ont joué sur la carte de choquer. Après le communisne beaucoup de gens ont voulu choquer et maintenant, cela ne choque plus. Mais je pense pas que choquer puisse apporter quoi que se soit. Je pense qu'émerveiller apporte beaucoup plus.
Question toute bête, tu as en face de toi une personne qui te demande comment devenir artiste ou dessinateur, quels conseils peux-tu lui donner ?
I: Beaucoup travailler. C'est l'excercice qui peut t'apporter énormément dans ce que tu veux faire. Mais surtout aimer ce que tu fais. Et plus tu l'aimes, plus tu commences à maîtriser ce que tu fais. Ne jamais se décourager, toujours se surpasser et aimer son métier encore !
Un dernier mot ?
I: Merci à tous ceux et celles qui suivent mon blog et merci à toi.
Je tiens à la remercier pour son talent et ce magnifique dessin qu'elle m'a fait devant moi. J'étais comme un gosse qui ouvrait un cadeau à noël. Je ne peux vous décrire la sensation d'avoir ce dessin.
( Le renard, c'est Edouardo, un renard qui apparaîtra dans un album publié chez Makaka courant 2009, http://www.makaka-editions.
Ileana est ensuite repartie avec sa soeur. Nous avons longtemps discuté. Cette conversation reste à mes yeux l'une des plus belles que j'ai eu. Pour finir, je vais vous donner mon impression en toute sincérité.
Je pense que beaucoup de dessinateurs et dessinatrices franco-belges vont avoir beaucoup de souci avec ces personnes venant de l'Est. Pourquoi ? Une des raisons de l'art est son espace de Liberté. Liberté au sens large. Prenons l'exemple de l'Espagne.
Le Franquisme a si sévèrement sévi qu'à la fin de cette dictature, l'explosion artistique a fait sautée toutes les portes que la censure avait fermée. La seconde générations ainsi que celle qui l'ont suivi, ce sont mises à explorer à nouveau cette Liberté. C'est ce qui se passe dans les pays de l'Est, après le passage de l'URSS. L'exploration d'une liberté souvent muselé va permettre à de très nombreux artistes de pouvoir montrer toute l'étendu de leur talent.
Je ne dis pas qu'en France ni en Belgique, il n'y aura plus de talent à découvrir, je dis que le talent sera vu autrement.
Son blog : http://ileanasurducan-fr.blogspot.com/






































































